Rencontre avec Olivier Tourand et Gilles Lèbre

repenser la production agricole

Olivier Tourand (agriculteur et éleveur, élu à la Chambre d’Agriculture de la Creuse, référent projet AP3C)  et Gilles Lèbre (maraîcher, fondateur du Biau Jardin) étaient les invités de l’épisode 2 des Rencontres de la résilience, le 2 octobre 2020.

Pendant plus d’une heure, ils ont répondu à nos questions puis à celles du public. L’occasion de mieux comprendre les enjeux de l’autonomie alimentaire en matière de production agricole, et les problématiques de la transition pour les cultures et espèces concernées.

conférences de la résilience #2 - Olivier Tourand et Gilles Lèbre

La synthèse : produire oui, mais en changeant les façons de penser et de cultiver

Gilles Lèbre

Ce qui est important pour moi c’est de définir ce qu’on veut faire et comment on veut le faire : c’est en répondant à ces deux questions que nous avons développé le Biau Jardin. L’objectif était de faire une ferme en circuit court en périurbain, en Limagne dont les terres sont reconnues comme étant parmi les meilleures du monde, en protégeant les nappes phréatiques.

Le périurbain c’est pour employer les gens qui habitent là et qui sont éloignés du monde de l’emploi. Et de leur proposer des formations qualifiantes. Le circuit court, c’est de jouer la proximité avec un réseau de consommateurs qui sont aussi inclus dans notre gouvernance.

Enfin, il nous semble important de travailler en bonne intelligence avec les autres maraîchers locaux afin de ne pas tous produire la même chose en même temps. Mettre face à face des besoins et des productions est un des défis des années à venir.

Olivier Tourand

A partir des années 2005-2010 on s’est rendu compte que les aléas climatiques revenaient plus fréquemment. Or le climat influe directement sur ce qu’on produit. Nous avons donc embauché un climatologue, Vincent Cailliez, pour nous aider à déterminer quel sera le climat demain et ainsi faire évoluer nos pratiques et nos productions. Il nous a permis de faire des projections climatiques presque dans chacune de nos parcelles et d’aller plus loin que la simple sensibilisation aux changements indispensables à réaliser dans notre façon de pratiquer notre métier et dans les plantes à cultiver.

Olivier Tourand

Il y a besoin de recréer du lien entre citoyens, consommateurs et producteurs. D’ailleurs c’est la première fois que la PAC (politique agricole commune) mise sur un débat public avec les citoyens. Ces derniers nous demandent de produire d’une certaine manière, mais quand il met sa casquette de consommateur, son acte d’achat va vers des produits qui ont fait trois fois le tour de la planète et qui en plus ont été arrosés de produits interdits en France. Il faut retrouver de la cohérence et assurer la formation du citoyen au consomm’acteur.

Gilles Lèbre

A un moment, l’agriculture s’est spécialisée, est devenue très technique, très pointue et a oublié de communiquer. Aujourd’hui, une majorité de citoyens n’a plus trop de notion de la façon dont on produit en agriculture. Il est fondamental que les consommateurs s’intéressent de nouveau à l’agriculture.

Olivier Tourand

Depuis l’après-guerre on a demandé à la ferme France de produire plus et en spécialisant les systèmes. Il faut avoir une vision plus transversale et moins spécialisée. Avec l’évolution du climat on doit observer pour savoir quelles cultures développer et comment déplacer certaines cultures existantes vers d’autres secteurs géographiques.

L’aspect territorial est primordial : il ne faut pas être dogmatique, on ne pourra pas tout produire en local demain. Il faut être cohérent. On a par exemple beaucoup à faire sur la production des protéines en France : on peut en produire pour nos animaux, pour être plus autonomes, mais aussi pour la production humaine.

En tant qu’agriculteurs nous devons être pilotes mais aussi partager avec les autres. L’agriculture peut aider un territoire en rendant plus de services : recycler des déchets, produire de l’énergie…

Gilles Lèbre

Il faut créer de la biodiversité et des écosystèmes vivants. Nous cultivons beaucoup d’engrais verts qui permettent d’augmenter le taux d’humus dans le sol.

Par ailleurs, nous arrêtons de produire des salades en juillet et en août car cela demande beaucoup trop d’eau. On réfléchit par quoi la remplacer, peut-être la patate douce.

Les ressources hydriques ne sont pas le facteur le plus limitant en Auvergne. Le principal problème est celui de l’évapotranspiration. D’où l’importance de planter des haies et des arbres autour des terres cultivées.

Quant à la question de l’irrigation, il n’y a pas le choix. Plus une seule culture ne réussit sans un petit peu d’eau à un moment. Une des solutions que nous voulons mettre en œuvre au Biau jardin est une bassine (c’est une réserve d’eau qu’on remplit en hiver). Nos besoins en eau sont estimés à 18 000 m³.On veut construire une bassine tampon de 6 000 m³.

Aujourd’hui on irrigue environ 6 % des terres du Puy-de-Dôme. Mais à l’avenir il va falloir changer les pratiques par rapport à l’irrigation.

Olivier Tourand

1- Que les décisionnaires fassent une priorité de l’accompagnement et du soutien à tous les travaux d’expérimentation pour faire évoluer nos systèmes et tester de nouvelles espèces. Le temps des techniciens qui expliquent aux agriculteurs ce qu’ils doivent faire c’est terminé. Je suis pour l’énergie montante. Nos actions actuelles produiront des effets dans 30 ans. Mais le climat de dans 30 ans est déjà écrit…

2- Que l’agriculture soit vue comme une chance dans notre territoire. Que chaque citoyen la voit comme une chance d’avoir un territoire vivant.

Gilles Lèbre

1- Une agroforesterie généralisée. Il faut introduire des arbres dans l’agriculture. L’INRAE travaille sur ce sujet à Clermont-Ferrand. Il faut une agriculture qui jouerait son rôle sur la microculture et l’agroculture.

2- Une agriculture plus autonome qui équilibre légumineuses (protéines) et élevage (fumure, rotations). Une production au maximum en circuit court. En faisant cela, on peut nourrir trois fois l’Auvergne.

Le podcast

Les mots de la fin

Ressources

Les chiffres qui ont été présentés au début de la conférence

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