Rencontre avec Olivier Mezzalira et Guillaume Benoît

valorisation des déchets ménagers
dans le puy-de-dôme

Sur un territoire mêlant l’agglomération clermontoise, des zones péri-urbaines et rurales, ainsi qu’un large panel d’activités, quel est la part des déchets ménagers ? Comment sont-ils traités ? Comment peuvent-ils valoriser ?

 

Rencontre de la Résilience du vendredi 10 décembre 2021 avec Guillaume Benoît, co-fondateur de la Ressourcerie du Pays d’Issoire, et Olivier Mezzalira, directeur du Valtom (Syndicat de valorisation des déchets ménagers).

En visio-conférence Zoom

Animation : Damien Caillard
Synthèse réalisée par Théo Durand

La synthèse de la Rencontre

Guillaume Benoît : La ressourcerie reçoit tout types de déchets que l’on peut trouver dans une maison. On les appelle « déchets » car les propriétaires veulent s’en défaire mais finalement la plupart des objets qu’on reçoit sont dans un état correct ou nécessitent un simple nettoyage ou une réparation qui est basique et faisable par tous. On parle essentiellement de meubles, de vaisselle et des vêtements, des objets pour lesquels les personnes ont le réflexe de donner, témoignant d’une prise de conscience environnementale mais aussi de l’envie des usagers de donner une seconde vie à des objets souvent sont liés à leur histoire personnelle.

Après une phase de collecte à domicile, la remise en état des objets est une étape essentielle assurée par l’équipe de la Ressourcerie grâce à un stock fourni en pièce détachées. Elle garantie par la suite de vendre des articles entièrement fonctionnels, du meuble en passant par les objets électriques tel que les grille-pains : à ce moment le « déchet » est à nouveau un produit du quotidien qui peut convenir à tout type de public.

Olivier Mezzalira : Du côté du Valtom, le « ré-emploi » est une priorité avec une réglementation qui promue la prévention-réduction des déchets et nos actions se portent avant tout sur le travail en amont auprès des consommateurs. Sur le territoire, il y a tout un tissu d’acteurs du territoire très impliqué, comme la Ressourcerie d’Issoire, qui au travers de différentes actions et moyens permettent de « détourner les déchets ». Pour cela, nous sensibilisons les consommateurs dès leurs achats, puisque c’est cette étape qui va conditionner toute la chaine qui mène à la production de déchets in-fine.

Olivier Mezzalira : Le verre est le déchet le mieux collecté actuellement, avec un taux de recyclage d’environ 80%, ce qui veut dire quand même qu’une partie finie dans la poubelle grise, donc n’est pas recyclée, mais aussi que certains déchets finissent malheureusement dans les milieux naturels. Le gros intérêt du verre est qui est recyclable à l’infini, contrairement à d’autres déchets comme le plastique qui nécessitent souvent de changer la nature de l’objet une fois recyclée : une bouteille deviendra une écharpe par exemple.

Aujourd’hui, Il y a deux types de consignes du verre qui cohabitent sur notre territoire. Celle qui promeut le réemploi d’un objet et celle d’ordre financière comme il en existe dans les supermarchés, où le dépôt d’un contenant permet d’obtenir un bon d’achat. La consigne sous l’angle du réemploi est développée au travers du projet Pampa, qui visa à adapter cette pratique sur la région Auvergne. A la différence du recyclage souvent réalisé à l’extérieur du territoire, la consigne est une occasion de créer des emplois locaux tout en diminuant les trajets nécessaires au traitement du verre.

Olivier Mezzalira : Aujourd’hui les collectivités subissent les choix marketing des industriels car le choix des plastiques sert avant tout à attirer le client, sans prise en compte du recyclage du produit en fin de vie. Or il existe une multitude de plastiques sur le marché, rendant difficile l’adaptation des filières locales de recyclage. Les centres de tri doivent notamment des doter d’outils de tri des plastiques de plus en plus performants pour séparer les plastiques entre eux. Pour l’avenir, il faudra donc augmenter les capacités de recyclage de la filière, mais aussi que les industriels travaillent sur leurs produits, notamment au-travers de l’éco-conception avec l’utilisation de plastiques 100% recyclables. Certain industriel font d’ores et déjà des efforts, comme Volvic qui pour certains de ces produits utilisent des matériaux recyclés. Néanmoins, dû à un taux de collecte de seulement 50% des bouteilles plastiques en France, ces industriels sont obligés de trouver leur matière première recyclée ailleurs en Europe. Afin de palier à cette problématique, le Valtom a simplifier les consignes de tri des déchets ménagers en Mai 2021. Désormais tous les emballages vides peuvent être placées dans la poubelle jaune.

Olivier Mezzalira : Grâce aux techniques mise en place dans les centres de tri, ainsi qu’au traçage en amont de la provenance des déchets, les métaux sont facilement récupérés puis valorisés. Pour le papier, la valorisation se fait au niveau national mais aussi local, en lien avec la papeterie de Giroux à Olliergues.

Guillaume Benoît : Le but d’une ressourcerie est avant tout de travailler sur la valorisation de déchets qui, après réparation, pourrons être à nouveau utilisés selon leur usage initial. Si nous recevons des matériaux ou des produits non réparables, nous a sommes en lien avec des associations artistiques afin qu’ils puissent les récupérer et les transformer. Nous avons le soucis de connaitre le devenir de ces objets, notamment après une exposition par exemple, pour qu’ils ne soient pas jetés et continuent leur cycle de vie en tant qu’œuvre d’art ou qu’ils réintègrent une filière de valorisation, et ne seront pas simplement « jetés ». Pour celle nous nous organisons entre les 5 ressourceries du département et d’autres associations comme Emmaüs à Aubière ou Les mains ouvertes à Gerzat.

Olivier Mezzalira : Les biodéchets rassemblent les déchets issus de la préparation des repas, et à l’issus des repas, mais aussi toutes les denrées alimentaires non consommées, c’est-à-dire le gaspillage. Viennent s’y ajouter les déchets végétaux. Le méthaniseur multipôle Vernéa situé à Clermont-Ferrand est une solution qui permet de créer une source d’énergie locale, via la production de méthane, mais aussi la production d’engrais vert sous la forme d’un compost normé qui sera restitué aux terres agricoles environnantes. A terme, le méthane produit sera valorisé autrement que pour la production d’électricité comme c’est le cas actuellement, en venant alimenter les véhicules en charge de la collecte des déchets alimentaires fonctionnant au GNV (gaz non volatiles), une alternative aux carburants conventionnels.

Olivier Mezzalira : Il est difficile de savoir clairement si il y a de plus en plus de dépôts sauvages, où on découvre de plus en plus d’anciens dépôts qui refont surface. Ce qui est sur c’est qu’il y a des entreprises qui ne jouent pas le jeu et qui ont recours à cette pratique plutôt que d’aller en déchetterie et ainsi éviter de payer lors du dépôts, en particulier des gravats. Une des pistes pour changer les pratiques et de faire apparaitre clairement le traitement des déchets sur la facture du service rendu au client, comme par exemple les déchets verts lors de travaux de paysagistes, garantissant la traçabilité et une prise en compte des coûts de traitements.

Guillaume Benoît : Les initiatives citoyennes pour la collecte des déchets lors de balades sont à saluer et permet non seulement la récupération des déchets, mais aussi de montrer des images chocs. C’est un élément essentiel pour faire prendre de conscience à tous de l’ampleur du phénomène, car au final nous sommes tous concernés par la problématique des déchets.

Olivier Mezzalira : La taxe incitative a été mise en place sur certaines collectivités du Puy de Dôme, notamment sur le territoire du Syndicat du Bois de l’Aumône sur Riom et ses alentours. L’idée est simple : comme pour la consommation d’eau au robinet, les familles qui font des efforts et s’engagent à réduire leurs déchets verrons à terme leur taxe diminuée au contraire des foyers qui produisent davantage de déchets. La collectivité peut accompagner en parallèle ces familles, afin de leur donner des pistes pour réduire leur production de déchets.

Guillaume Benoît : Là où l’offre en déchetterie est assez complète sur le territoire, nous manquons clairement de ressourceries. Aujourd’hui il y a de la place pour d’autres ressourceries, qui ne viendraient pas en concurrence avec celles qui existent déjà.

Guillaume Benoît : Derrière le but environnemental, il y a bien évidement une dimension socio-économique forte derrière un projet de ressourcerie. Aujourd’hui celle d’Issoire emploie 13 personnes et nous souhaiterions pouvoir accueillir prochainement une dizaine de personnes en chantier d’insertion, sur des missions assez polyvalentes en boutiques, en collecte, remise en état des produits collectées… En parallèle, il y a une base importante de bénévoles, qui permettent aujourd’hui à la structure d’exister et de perdurer.

Olivier Mezzalira : Ils existent plusieurs actions misent en place par le Valtom, sur les déchets alimentaires jusqu’aux déchets verts en passant par le BTP et d’autres sont en projet. Le but est d’accompagner, de faire émerger et perdurer les projets innovants, et non de faire à la place, en valorisant le tissu des acteurs locaux. La création d’une chaine d’acteurs au travers de ces projets est une bonne garantie de sensibilisation sur la thématique des déchets et permet de toucher les habitants au-delà de leur maison, pendant d’autres activités comme le sport où leurs comportements et parfois moins vertueux que lorsqu’ils sont chez eux.

Guillaume Benoît : Une autre piste d’action est d’aller dans les écoles, la ressourcerie est d’ailleurs impliquée sur cette sensibilisation particulièrement impactante, où les enfants peuvent apprendre à leurs parents.

Olivier Mezzalira : Passer la poubelle grise de 200 kg à 67 kg, seulement par l’effort collectif en mettant le bon déchet dans la bonne poubelle. Ce qui changerait la donne, en optimisant le service public.

Guillaume Benoît : J’aimerai que chaque citoyen se pose des questions sur chacun de ces achats, et réfléchisse à l’impact de sa consommation. Il me parait incontournable de replacer les déchets au cœurs des enjeux du changement climatique et ainsi élargir le spectre de notre logique de vie.

Le podcast

LEs vidéos de la rencontre

Interview de Juliette Berger, coordinatrice du REEA (Réseau d'Education à l'Environnement Auvergne)

Interview de Jimmy Ducat, co-fondateur de l'association Clermont Zéro Plastique

Le teaser de la Rencontre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *