Rencontre avec Nicolas Bonnet

l'accès à l'eau est un service d'intérêt général​

Nicolas Bonnet, maire-adjoint écologiste de Clermont-Ferrand (adjoint à l’eau et au développement durable de 2014 à 2020, aujourd’hui il est en charge de la mobilité en ville, la qualité de l’air,  l’agriculture et l’alimentation), était l’invité de l’épisode 2, saison 2 des Rencontres de la résilience, le 29 janvier 2021.

Pendant plus d’une heure, il a répondu à nos questions puis à celles du public. L’occasion d’aborder les différentes questions liées aux usages urbains de l’eau : tarification, performance des réseaux, régie métropolitaine, préservation de la ressource, qualité…

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Rencontres de la résilience avec Nicolas Bonnet-Le cycle de l'eau-Visio 29 janvier 2021

La synthèse : maîtriser la consommation et sensibiliser la population

Le grand cycle de l’eau c’est le cycle naturel de l’eau, qui passe par différents états et lieux : évaporation, pluie… Le petit cycle est celui de l’eau artificielle mis en place pour que tout le monde puisse avoir de l’eau à son domicile. Depuis le prélèvement de la ressource jusqu’à son rendu dans la nature.

Ce petit cycle peut être géré par les collectivités en direct ou pas. A Clermont-Ferrand, depuis 1945 nous sommes en gestion publique. Pour que l’eau soit gérée sans recherche de profits. L’accès à l’eau est un service d’intérêt général car l’eau est essentielle pour la vie de chaque individu.

Jusqu’à 2017 chaque commune avait le choix, depuis on s’appuie sur une régie clermontoise pour l’eau et l’assainissement et les autres communes sont intégrées dans la régie au fur et à mesure que leur délégation arrive à son terme.

L’eau que nous consommons est prélevée dans le milieu naturel : pour le territoire de Clermont, 30 % de l’eau vient de sources, 70 % de l’Allier. C’est le même principe pour la métropole mais je ne connais pas de mémoire les proportions. Nous allons chercher l’eau le plus près possible de là où elle est consommée, donc selon où sont les communes on va plutôt vers la chaîne des Puys ou vers l’Allier. Et il y a des périmètres de protection pour ces captages pour limiter au maximum les risques de pollution.

Concernant l’eau qui est puisée dans l’Allier, elle passe par une usine de filtration pour supprimer les pollutions et garantir l’approvisionnement en eau même en cas de crue, comme celle que nous avons connue en 2003, ou en cas de pollutions accidentelles. Puis on la pompe pour qu’elle monte jusqu’au Puy de Bâne, pour ensuite servir les usagers par gravitation, sans avoir besoin de châteaux d’eau. Nous avons des laboratoires en service public pour contrôler l’eau très régulièrement, et l’Agence régionale de santé (ARS) procède elle aussi à des contrôles réguliers.

L’eau est acheminée par le réseau de distribution vers les usagers puis repart par les réseaux d’assainissement pour rejoindre des usines d’assainissement ou autres. Pour Clermont-Ferrand, c’est la station des 3 rivières, qui remet l’eau dans un état qui lui permet d’être réinjectée dans le réseau naturel. Les boues issues de cet assainissement sont utilisées par les agriculteurs. Et le projet de mécaniser ces boues pour récupérer du biogaz devrait voir le jour au cours de ce mandat. S’ajoutent à ces eaux grises les eaux pluviales. Dans le centre bourg tout ce qui part dans le caniveau finit à la station d’épuration. Pour les quartiers les plus récents, l’eau pluviale part directement dans le réseau naturel. Cela permet de consommer moins d’énergie en assainissement, l’inconvénient est que les premières eaux de ruissellement charrient un peu de pollution.

Oui c’est possible, avec des aménagements. On a commencé à le mettre en place en terme d’exemplarité sur différents bâtiments publics, et en particulier pour l’arrosage des lieux publics. Sur les bâtiments existants la question des chasses d’eau par exemple est un peu plus complexe que sur du neuf, mais on peut effectivement faire des choses.

La meilleure eau est celle que l’on ne consomme pas, donc qu’on ne puise pas. D’autant plus s’il y a des fuites. Aujourd’hui un des gros travail de la régie est de maintenir et d’entretenir le réseau d’eau potable. Cela fait partie des gros investissements de la métropole.

Voir la vidéo de Christophe Vial, ci-dessous, pour approfondir la question.

Effectivement c’est complexe. Dans le prix de l’eau, une partie va à l’agence de l’eau Loire-Bretagne pour préserver les quantités d’eau et sa qualité. La métropole participe aussi au schéma directeur d’aménagementet de gestion de l’eau pour faire travailler ensemble tous les acteurs au mieux pour la ressource. Ce n’est pas toujours facile, car tout le monde n’a pas les mêmes intérêts mais ce sont des lieux de dialogue. Nous travaillons aussi pour limiter le besoin en eau de l’espace public (moins d’imperméabilisation des sols par exemple), ou pour récupérer l’eau. Nous agissons aussi sur la sensibilisation des populations, afin qu’elles diminuent leur consommation d’eau…

On ne peut pas réfléchir simplement en tenant compte du nombre d’arbres présent sur le territoire. C’est plus la question de la baisse de l’imperméabilisation des sols qui est en question. Il faut trouver un équilibre entre les besoins en eau de la végétation qu’on plante, en fonction des sols qu’il y a autour. Il faut rechercher la résilience des espaces publics, en rajoutant de la végétation mais de façon réfléchie.

C’est à combiner avec la question de la mobilité : diminuer la place dédiée aux voitures permet d’imaginer d’autres choses, mais pour les espaces de mobilité l’enrobé reste la meilleure solution. Et un autre paramètre à prendre en compte est que malheureusement, sur les espaces publics, à cause des incivilités, il est plus facile de mettre de l’enrobé pour faciliter le nettoyage. Sensibiliser le citoyen à respecter l’espace public facilitera notre travail pour mettre plus de nature en ville. Et cela passe aussi par faire en sorte que les citoyens gèrent des espaces végétaux eux-mêmes.

La stratégie est de désimperméabiliser au maximum le territoire métropolitain, c’est intégré dans les différents plans d’aménagement. Puis il nos faut être exemplaires sur nos espaces publics en ayant un maximum de capacité d’absorption dans ces espaces. Il y a aussi des bassins d’orages, ils seront 11 à terme, certains sont déjà construits. Ils ont vocation à absorber une partie de l’eau excédentaire quand il pleut. On fait aussi des bassins de stockage-restitution, pour éviter qu’il y ait trop d’eau d’un coup dans les stations d’épuration lors d’épisodes pluvieux intenses et ainsi éviter qu’elles ne débordent. Et nous travaillons aussi sur l’extension de la station d’épuration puor qu’elle puisse traiter plus de volume.

Il y a forcément un risque. Sur la métropole ce risque n’est pas encore perçu aussi fortement que dans d’autres communes alentours. Là où c’est compliqué c’est que l’eau relève de décisions qui se prennent à de nombreux niveaux différents et la métropole n’a pas tous les leviers de décision en mains. Notre consommation d’eau est à peu près constante, mais il n’est pas évident pour nous de la stocker

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A part dialoguer au sein des divers organismes, nous n’avons pas beaucoup de leviers pour jouer sur la ressource en amont, nous pouvons juste agir sur la consommation. Nous pouvons quand même essayer de raccorder les différents réseaux d’eau ensemble pour faire jouer la solidarité entre communes, au niveau de la métropole mais aussi du département.

Le podcast

Des vidéos pour aller plus loin

Ressources

Les chiffres qui ont été présentés au début de la conférence

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