Rencontre avec Mélanie Legat et Magali Detrille

Penser une logistique urbaine des marchandises

Qu’on les achète en ville ou en ligne, nos marchandises se déplacent (on ne vous apprend rien de nouveau !). Mais qu’en est-il de ce fameux « dernier kilomètre ». Est-il important à considérer dans une logique de résilience associée à la mobilité ? Des alternatives « mode doux » existent-elles ?

Mélanie Legat, directrice d’Interface Transport Lyon, et Magali Detrille, directrice générale URBY Clermont-Ferrand, étaient les invités de l’épisode 2, saison 3, des Rencontres de la résilience, le 4 juin 2021.

Pendant plus d’une heure, elles ont répondu à nos questions puis à celles du public.

Rencontre de la résilience saison 3 épisode 2 : les mobilités douces pour les transports de marchandises

La synthèse : "c'est le dernier kilomètre qui coûte le plus cher"

Mélanie Legat
Il y a différents pôles d’intervention car la logistique urbaine est une fonction transversale de la ville, et chaque pôle a ses besoins et ses particularités. La toile de fond est la question de la transition énergétique : obtenir une amélioration de l’impact environnemental du transport de marchandises, en allant vers des véhicules moins émissifs, mais aussi un travail sur les flottes des collectivités, qui doivent remplir des conditions de circulation imposées par les communes. Cette logistique ce n’est pas uniquement la camionnette, c’est plus large que ça : artisans, circuits court, tout ce qui fait la vie d’une ville. On est dans l’ingénierie, on a un enjeu dans nos études d’opérationnalité et de rendre possible des projets, des dispositifs, sur les territoires. Sur Clermont, on intervient depuis début années 2010 et dernièrement, on a accompagné la métropole sur la feuille de route marchandise, avec l’ensemble des personnes concernées par les questions de transport.

Magali Detrille
Sur Clermont centre, depuis 2013, la livraison se fait en propre avec des voitures et des vélos électriques. Urby est une start up qui fait partie du groupe La poste qui, avec la banque des territoires, sont nos deux actionnaires. Il y a 18 start up implantées dans les métropoles et on fonctionne toutes de la même façon. A Clermont on a deux sites : un sur Gerzat où les transporteurs peuvent déposer leurs colis et leurs palettes et nous on mutualise tout ça pour les distribuer en mode doux (camions au gaz naturel). On diminue le nombre de camions qui vont entrer dans la ville, le client destinataire n’a qu’une livraison et l’impact en CO2 et particules fines diminue. Par ailleurs, économiquement, sur une livraison ce qui coûte le plus cher c’est le dernier km : 20 à 50 % du coût total. Donc avec ce système on rentabilise la livraison pour le transporteur. On va livrer mais aussi récupérer ce que les clients génèrent : au lieu d’avoir deux camions on n’en a qu’un. C’est nouveau et cela fait changer la façon de voir des transporteurs.

Mélanie Legat
On s’y retrouve car ce sujet agite les réflexions depuis de nombreuses années. Il y a deux points centraux intéressant avec Urby : sa présence sur tout le territoire national, qui est intéressante pour les grands donneurs d’ordre. Et puis il y aussi ce côté « serviciel » : distribution fine sur le dernier kilomètre mais aussi la récupération des déchets commerciaux, le stockage déporté à destination des commerçants, qui sont des choses qui agitent le milieu depuis plusieurs années.
Il y a une relation de proximité avec les collectivités aussi, qui leur permettent de se positionner sur des éléments de planification à plus long terme. Mais il y a encore des transporteurs qui ne sont pas très motivés tant qu’il n’y a pas d’obligation

Magali Detrille
Au-delà du centre de mutualisation, il y a aussi l’établissement de logistique urbaine. On a beaucoup d’engins à disposition : des camions jusqu’aux vélos cargo. Sur la partie centre ville, on va mutualiser ce qui est un peu plus disparate : petits volumes, commandes des commerçants locaux, frais, livraisons aux particuliers… Le client veut être livré à moindre coût, avec qualité et sans polluer. Donc nous essayons de répondre à tout ça. Tout en étant économiquement viable.

Mélanie Legat
Tout à fait. Le covid a joué un rôle énorme. Une étude a montré que les e-commerçants ont gagné trois ans dans leur développement, avec la crise sanitaire. A l’échelle d’un territoire, sur les déplacements motorisés liés à un achat, un sur deux est lié à un particulier. Donc le e-commerce n’est pas la cause de tout. L’impact environnemental est à mettre en balance : ce n’est pas tout noir ou tout blanc par rapport aux achats sur le net.

Magali Detrille
Les gens prennent conscience qu’il y a vraiment quelque chose à faire, on ne peut plus entrer comme ça dans les centres villes. Tous mes clients disent, « livrer en propre c’est ce qui va faire la différence » et ils sont prêts à mettre un peu plus cher pour avoir ce genre de livraison. D’autant qu’il y a aussi de plus en plus ce genre d’obligations dans les contrats commerciaux.

Magali Detrille
Je pense que le seul frein qu’il y a à tout ça, c’est que tant qu’un véhicule propre ne sera pas au même prix qu’un autre ce ne sera pas possible. Tous, on se rend compte qu’il y a des choses à faire, mais le problème est qu’un véhicule doux coûte plus cher qu’un véhicule thermique, même avec les aides. Qui restent trop locales et ponctuelles encore.

Mélanie Legat
La question du pollueur payeur est un sujet de fond difficile à mettre en œuvre et qui pose aussi un défi : si les marchandises arrêtent d’arriver on est bloqué. On est sur une proposition de marché très concurrentielle dans le transport, avec des marges très faibles. Donc la question de la transition est difficile et ne peut pas se faire du jour au lendemain.

Magali Detrille Avec les collectivités locales et le groupe La poste on était parti sur une zone plus restreinte mais avec faible émission, plutôt que sur du totalement restreint. Je serais plutôt sur ce schéma qui me semble plus vertueux.

Mélanie Legat
On ne met pas une zone à faible émission (ZFE) comme ça sans prévoir les endroits pour se ravitailler, un calendrier, penser à l’organisation et qui doit avoir droit à des dérogations… De plus une ZFE ne diminue pas le nombre de véhicules, mais pousse simplement à renouveler le parc. Cela améliore la qualité de l’air mais ne règle pas les questions de congestion.

Mélanie Legat
Le sujet de l’alimentation ressort de mille autres sujets. La logistique de l’alimentaire en circuit court est peu résiliente. J’aimerais qu’il y ait une logistique efficace pour des circuits courts de qualité.

Magali Detrille
mon vœu serait de pouvoir mettre en place de façon collective et unanime une Zone à faible émission sur l’agglomération de Clermont.

Le podcast

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Les chiffres qui ont été présentés au début de la conférence

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