Rencontre avec Lucie Vorilhon et Jean-François Moreau

repenser la distribution

Ils étaient les invités de l’épisode 4 des Rencontres de la résilience

Jean-François Moreau, directeur de l’hypermarché Auchan Nord, président du Collectif Sismo (Collectif des acteurs économiques, associatifs, citoyens et institutionnels des territoires nord de Clermont-Ferrand).

Lucie Vorilhon, co-fondatrice des Marchés de Max et Lucie., une épicerie 100% locale, avec des paniers en vente dans des points relais sur Clermont, et une épicerie de proximité dans le quartier de la gare SNCF.

Ils ont débattu autour des problématiques de distribution avant de répondre aux questions des visionnautes.

Rencontre résilience 4 Jean-François Moreau et Lucie Vorilhon

La synthèse : production et distribution sont intimement liées

Lucie Vorilhon : Depuis six ans nous somme un site de e-commerce de proximité, avec des paniers commandés en ligne et livrés en point relais et à domicile, centré sur Clermont-Ferrand et la périphérie proche. Depuis trois ans nous avons en plus un magasin dans le quartier de la gare.

Nous travaillons avec des producteurs de fruits et légumes basés dans un rayon de 30km. Et pour les produits d’épicerie nous allons un peu plus loin, là où les savoir-faire nous portent, mais toujours en Auvergne.

L’attachement au territoire est familial, ce sont mes racines. J’ai grandi là, j’y ai fait une partie de mes études et j’y ai toute ma famille. Aussi quand nous avons eu la volonté de développer ce projet avec mon associé cela a été naturel de le faire ici. Nous offrons une alternative en circuit court aux producteurs pour qui ce n’est pas facile de vendre. On travaille pour les producteurs et avec eux pour les aider à écouler leur production.

Jean-François Moreau : Je suis directeur de supermarché depuis environ cinq ans à Clermont. A Auchan nous avons la volonté de participer et d’être acteurs sur le territoire. J’ai choisi ce magasin car je suis aussi le président de l’association Sismo (Collectif des acteurs économiques, associatifs, citoyens et institutionnels des territoires nord de Clermont-Ferrand). J’ai aussi la casquette de co-président du Cisca (centre de recherche et d’innovation sociale de Clermont). Enfin je suis un acteur de Plan d’alimentation territorial (PAT) de Clermont, avec qui j’ai travaillé sur la réappropriation des productions vivrières locales, pour rapprocher les productions des consommateurs.

Lucie Vorilhon : Pour nous c’est facile à toucher, car nous sommes rapidement confrontés à la pénurie de maraîchages. Il faut installer une paysannerie, notamment maraîchère, tout autour des territoires urbains. C’est l’enjeu, avec la dynamisation sur le foncier, pour arriver à 30 % d’autonomie en maraîchage. Quand nous nous sommes lancés nous voyions le territoire très vert et suffisant pour s’approvisionner, mais en fait il n’y a pas beaucoup de producteurs.
Et la deuxième problématique est l’eau et son pendant l’irrigation.

Jean-François Moreau : le problème d’un concept c’est que s’il n’est pas compris par le grand nombre il part avec un sacré handicap. La résilience, c’est s’adapter aux conditions du milieu, nos civilisations ont souvent été résilientes pour surmonter des crises. La question qui se pose là c’est est-ce qu’il faut changer de système ou résister ?
Il y a les problématiques de l’eau, celles liées à la santé (avec un mode de production et de distribution mauvais pour la santé). Cela rend nécessaire d’écrire un nouveau récit, avec de nouveaux codes. Et de se projeter différemment. Faire muter les sociétés pour qu’elles puissent entrer dans ce nouveau récit.
L’industrie agro-alimentaire, la production agricole de masse, la grande distribution, sont des codes aujourd’hui has been et il faut tout changer sans qu’il y ait de crise.
Il faut aussi réhumaniser la distribution. On a pris le parti d’aller à la rencontre des producteurs pour connaître leurs besoins et leurs problématiques. Et on a vu aussi les consommateurs pour entendre leurs attentes. Il faut faciliter l’accès à d’autres productions et sortir du militantisme souvent liés aux systèmes existants qui excluent beaucoup de personnes.

Jean-François Moreau : nous ne sommes pas reconnus comme étant des précurseurs dans les changements de consommation. On va les accompagner. Par contre on peut être moteurs en amont, en étant exigeants par rapport à nos fournisseurs. Par exemple pour la farine que nous utilisons pour notre pain, nous leur demandons d’enlever les additifs et les pesticides.
C’est une demande des consommateurs pour des produits sains, mais cela permet aussi de prévenir une possible crise sanitaire liée à certains produits.

Lucie Vorilhon : ce qui fait notre force c’est notre traçabilité. Par contre resensibiliser les consommateurs à la saisonnalité a été notre grande difficulté. Et encore plus par rapport à la problématique du territoire, où il n’y a pas beaucoup de fruits et surtout les productions sont très variables d’une année à l’autre.
Les consommateurs comprennent, mais plus ou moins facilement selon l’âge. C’est plus facile pour les étudiants qui ont grandi avec ces problématiques, que pour d’autres catégories de populations à qui il est plus difficile de faire changer d’habitudes. L’accueil est plutôt bon mais ça prend du temps.

Lucie Vorilhon : Je mettrais des fruits et légumes partout, en réintégrant des arbres fruitiers dans l’urbain et des territoires agricoles en périphérie des villes.

Jean-François Moreau : Sur les terrains libérés par Lucie je mettrais une vingtaine de techniciens spécialisés dans les productions résilientes, frugales en matière d’eau, et connaissant les espèces peu connues localement.
Notre modèle économique va dépendre de la qualité technique qu’on va avoir au niveau de la production.

Le podcast

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