Rencontre avec Lucie Le Corguillé

Les zones humides

Lucie Le Corguillé, chargée de missions zones humides au Conservatoire d’Espaces Naturels d’Auvergne (CEN), était l’invitée de l’épisode 4, saison 2, des Rencontres de la résilience, le 12 mars 2021.

Pendant plus d’une heure, elle a répondu à nos questions puis à celles du public. L’occasion de mieux comprendre les enjeux de la protection et de la réhabilitation des zones humides dans le Puy-de-Dôme.

Lucie Le Corguillé, invitée des rencontres de la Résilience pour parler des zones humides et de leurs enjeux

La synthèse : les zones humides ont un rôle important à jouer dans le cycle de l'eau

Les zones humides ce sont beaucoup de choses différentes. On appelle ainsi des zones à l’interstice entre la terre et l’eau. Elle peut être sèche de temps en temps mais s’il y a de l’eau à un moment de l’année c’est une zone humide. Elle est également qualifiée par des plantes particulières. Ces espaces peuvent être très divers : tourbières, marais, forêts humides, mangroves… Il y a tout un panel de typologies de zones en fonction du sol et de la végétation présents

Nous, au conservatoire, ce qui nous intéresse c’est leur richesse en biodiversité et aussi le fait qu’elles jouent un rôle dans le cycle de l’eau, dans la régulation des cours d’eau. Ces zones accumulent l’eau quand il y a des pluies et la relâchent en période de sécheresse. Il faut les voir en chapelet. leur rôle est plus fort quand elles sont nombreuses et cumulent leurs effets.

Enfin, ces zones ont un rôle économique aussi. Dans certains pays elles sont très importantes pour l’agriculture (rizière), l’élevage de pêche, les zones de chasse… Et dans nos secteurs il y en a beaucoup en zone agricole. Les vaches peuvent venir pâturer en cas de sécheresse.

Une des problématiques actuelles est de pouvoir stocker de l’eau pour l’utiliser quand il en manque. Ce que permettent les zones humides. Mais on ne peut pas utiliser l’eau de ces dernières pour arroser.

Il faut regarder chaque fois en premier ce qu’il y a comme ressource en eau disponible et comment l’utiliser, voir ce qui peut être amélioré, et après se poser la question des besoins en eau de l’exploitation. Et ce n’est qu’après toute cette analyse qu’il faut, le cas échéant, voir s’il faut des retenues.

Mais aussi se poser une question toute simple : est-ce qu’il faut continuer l’agriculture telle qu’on la connaît, qui a besoin de beaucoup d’eau en cas de sécheresse. Faire des retenues collinaires là où il y a une zone humide est en tout cas contre-productif : on va détruire une infrastructure écologique qui sert à tous pour construire une retenue qui ne va servir qu’à quelques-uns.

Sur les hauts plateaux du Puy-de-Dôme, on a de grands plateaux avec des tourbières et ça fait un paysage comme en Laponie ou en Islande. D’ailleurs le parc des volcans essaie d’obtenir une labellisation pour faire reconnaître cet aspect paysager.

Ces zones ont aussi une empreinte culturelle : sur le même lieu, il y a un travail qui est en train d’être fait sur la façon dont on retrouve les tourbières dans la littérature et dans les contes. Cela fait partie des légendes locales : ce sont des lieux où l’on s’enfonce, où le méthane fait naître des feux follets… Cela fait bcp marcher l’imaginaire. Il ne faut pas oublier qu’il y a eu une période où ces zones, en particulier les marais, avaient une mauvaise image avec les moustiques et les maladies qu’ils transportent, donc de nombreux marais ont été asséchés.

Dans le département il y a des zones humides très différentes : les alluviales (val d’allier), le cours d’eau y est encore sauvage par endroits donc il y a des zones humides. Et il y a eu un travail aussi sur le désenrochement. Donc de ce côté là ça va plutôt mieux pour les zones humides.

Il y a malheureusement de la destruction parfois d’autres côtés, même si loi sur l’eau empêche la destruction de zones hymides qui doivent être remplacées en cas d’assèchement. Du côté de la Limagne il y a pas mal de mares et de petites prairies, ainsi que des reliquats de marais qui sont des petits bijoux de biodiversité (il y en a même un qui est salé). Il y a aussi beaucoup de marais et de tourbières en moyenne montagne.

Principalement les infrastructures humaines : routes, lotissements, centres commerciaux… Des politiques de drainage aussi, pour rendre des terres cultivables. Il y a aussi pas mal de plantations de forêts en zones humides qui sont drainées pour le faire. C’est surtout la somme de toutes ces pressions qui a un impact sur tout le réseau des zones humides. Dans la plaine de la Limagne, les gros travaux de drainage sont anciens, et ont eu un impact déjà sur le marais. L’agriculture a également sa part dans la diminution de ces zones.

Nous allons intervenir directement en achetant des sites qui abritent des espèces protégées ou des végétaux particuliers ou encore un site qui a un intérêt paysager. Mais souvent on doit aussi entretenir voire remettre en état, par exemple quand une forêt a été plantée sur une ancienne zone humide.

Nous avons aussi un rôle de conseil auprès d’agriculteurs, de forestiers ou autres qui se posent des questions sur la gestion de leur zone humide, en écoutant leur problématique et en essayant de trouver des solutions concrètes. Nous intervenons également en conseil dans les réunions à l’échelle des agences de l’eau, où nous portons le message d’expert écologique pour prendre en compte ces milieux. La base de notre travail est de travailler avec les acteurs du territoire, d’apporter des solutions, d’être sur le terrain avec eux pour discuter concrètement de leurs problèmes.

Avec les agriculteurs, nous allons par exemple regarder quel(s) type(s) de zones humides ils ont sur leur terrain et les conseiller pour faire des travaux d’amélioration, revoir le pâturage sur ces terrains en fonction des saisons pour éviter que les troupeaux ne piétinent trop ces zones fragiles. Certains vont mettre des clôtures autour de zones très sensibles, faire des travaux d’aménagement de passage, de pontons… Nous nous intéressons aussi aux mares, qui sont des zones humides artificielles qui ont développé des intérêts écologiques, en devenant des zones refuges pour les batraciens par exemple, comme les tritons crêtés, très rares au niveau européen.

Enfin, les zones humides ont un rôle pédagogique important. Nous faisons beaucoup de sorties autour d’elles. Nous travaillons aussi avec des lycées agricoles, nous intervenons en cours et nous leur faisons découvrir des sites et intervenir sur des chantiers.

Je souhaiterais qu’on n’ait plus peur de la nature, qu’on ne vive plus à côté d’elle mais avec elle et qu’on prenne conscience de tout ce qu’elle nous apporte, les fameux services écosytémiques. Derrière ce terme il y a une réalité : la nature on est dedans, on en fait partie et pourtant on s’en est éloigné, on a voulu l’artificialiser pour vivre mieux et on s’est rendu compte que ce n’était pas une bonne idée, d’ailleurs on restaure de plus en plus de nos jours.

Le podcast

En raison d’un problème technique, nous n’avons pas pu enregistrer la conférence, il n’y a donc pas de podcast disponible. Veuillez nous en excuser.

En revanche, nous vous proposons …

L'interview

Tikographie a pu échanger avec Lucie pour en savoir plus sur l’action du CEN Auvergne en faveur des zones humides et des rivières.

>> Pour lire l’entretien, cliquez ici <<

Les vidéos diffusées pendant la rencontre

Ressources

Les chiffres qui ont été présentés au début de la conférence

Le mot de la fin de Lucie Le Corguillé

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