Rencontre avec Jacky Massy

L'impact de l'embouteillage sur la ressource eau

Jacky Massy de l’association Preva était l’invité de l’épisode 6, saison 2 des Rencontres de la résilience, le 9 avril 2021.

Pendant plus d’une heure, il a répondu à nos questions, soutenu par Denis Chevalier et François-Dominique de Larouzière, puis à celles du public. L’occasion de mieux comprendre les enjeux autour de la captation de l’eau et de son embouteillage, tout particulièrement autour de Volvic.

Leur intervention est résumée ci-dessous, avec en contrepoint l’interview de Caroline Mauduit, cheffe de service eau et environnement à la DDT63, qui ne pouvait pas être présente en direct.

La synthèse : le milieu naturel ne doit plus être la variable d'ajustement

Jacky Massy

On agit en collectif, avec H2O sans frontière, ligue des droits de l’homme Combrailles, UFC que choisir, la FRANE et puis plus récemment on a mis en place une alliance deux villes qui connaissent les mêmes problématiques que Volvic : Vittel, avec Nestlé, et Lunebourg, en Basse-Saxe, avec Coca Cola.
Je suis venu avec d’autres personnes : François-Dominique de la Rosière, spécialiste de l’aquifère et Denis Chevalier, responsable de l’observatoire de l’eau, nouveau média sur Internet

Association Preva a été créée, entre autres, car il y avait une inquiétude locale sur les communes situées en aval versant Volvic. Les habitants sont inquiets de voir dégénérer à vue d’œil leur situation environnementale. Cette zone était une zone humide, à travers les siècles il y avait une abondance d’eau grâce aux résurgences de Saint-Genès l’Enfant, ce qui n’est plus le cas depuis qu’il y a des activités entropiques sur le bassin. Des activités tout à fait raisonnables pour ce qui est de l’eau potable. Mais pas pour l’activité industrielle et commerciale, avec un premier puits foré par BSN à la fin des années 60, puis aujourd’hui Danone qui en est à son cinquième puits. D’autant que tous les puits sont dans un tout petit périmètre autour de là où on a trouvé l’eau potable.

biodiversité ont commencé à en pâtir. Quand Danone, dans les années 80, à commencer à creuser des puits supplémentaires, on a commencé à vraiment ressentir les conflits d’usage.

Le point de vue de Caroline Mauduit sur la pertinence et la fiabilité des données fournies :

François-Dominique de Larouzière

Toute l’eau prélevée vient d’une zone 40m2 dans la chaîne des Puyslà où l’eau tombe, percole à travers les scories basaltiques, se rassemble et s’écoule vers la plaine de Limagne. L’eau est prélevée artificiellement au niveau de Volvic. Comme il n’y a pas de rivières dans ce secteur, les seuls points classiques de sortie d’eau étaient les résurgences à Saint-Genès l’Enfant. On avait un débit de 600l à 400l par seconde environ depuis le Moyen Âge, aujourd’hui la tendance est de 30 à 40l par seconde. En 2019 et2020 les sources se sont asséchées totalement pendant quelques mois durant la période estivale. D’ailleurs il y avait une pisciculture qui a disparu car il n’y a plus assez d’eau.

Le point de vue de Caroline Mauduit sur l’assèchement constaté en aval de Volvic et ses causes :

Jacky Massy: nous avons toujours contesté auprès des services de l’état qu’il y ait une totale maîtrise sur l’aquifère (autocontrôle….)

François-Dominique de Larouzière : l’autocontrôle, c’est l’Etat qui dit à l’entreprise de contrôler elle-même ce qu’elle fait. Volvic le fait avec beaucoup d’opacité. On n’a pas accès non plus aux documents du comité de suivi qui est censé vérifier tout ça. Mais qui en fait s’est peu réuni depuis les années 80. A partir moment où il n’y a pas de contrôle de l’Etat il y a de grosses suspicions sur la qualité du respect des autorisations.
Les eaux souterraines ne sont pas prises en compte dans les arrêtés sécheresse.
La variable d’ajustement ne doit plus être le milieu naturel mais les activités économiques. C’est ce que dit la loi qui donne des priorités : d’abord l’utilisation de l’eau potable par les populations, ensuite l’alimentation des milieux naturels, troisièmement l’agriculture et éventuellement l’embouteillage.
Volvic met en bouteille 2,7 milliards de litres de bouteille d’eau par an, on ne peut pas croire que ça ne pèse pas sur les milieux naturels.

Le point de vue de Caroline Mauduit sur la règlementation locale mise en place par la Préfecture :

Denis Chevalier : Il y a des stations de mesure gérées par la DREAL qu’on peut consulter. Les modèles mathématiques disent que dans cinq ans il n’y aura plus d’eau dans les sources, les résurgences, car la nappe sera si basse qu’elle ne pourra plus les alimenter.
C’est devant nous si rien n’est fait. C’est une catastrophe car la végétation qu’on trouve dans les zones humides ne peuvent plus vivre car il n’y a plus d’eau pendant les saisons les plus sèches.

Le point de vue de Caroline Mauduit sur les contraintes imposées aux industriels pour la pérennité de la ressource :

Denis Chevalier : nous avons fait des recommandations à la DDT, il faut faire en sorte qu’il y ait un débit minimum des sources qui soit défini. Il permettrait de faire en sorte qu’il y ait un niveau minimum d’irrigation en aval. On nous a dit que ce n’était pas possible car il y a entre six semaines et huit semaines entre la baisse du pompage et le fait que les sources aient plus d’eau. Tout ce qu’on observe en bas, qu’on dit lié au changement climatique, c’est en fait la résultante d’un impact sur les prélèvements réalisés par Volvic.
Jacky Massy : Il faut que le système de gestion soit vertueux et durable. Pour ça il faut appliquer la loi sur l’eau et sa hiérarchie des usages. L’eau c’est une ressource rare au niveau du globe, et elle est essentielle à la vie. Rien que pour ces deux vertus elle est convoitée. Il faut donc que les citoyens fassent partie des comités de gestion. On n’est pas contre les industries d’embouteillage, mais il faut qu’elles arrivent s’il reste de l’eau après les deux premiers usages indispensables.

Jacky Massy : les réseaux doivent être plus efficients, pour permettre de mieux gérer les usages. Au niveau du goulet, il produit beaucoup plus d’eau que nécessaire et l’excédent est reversé au dehors de l’aquifère, il faudrait le remettre dedans.

Pour ce qui est de l’agriculture, la Limagne est une des zones les plus sinistrées en terme de pluviométrie: il y pleut comme en Algérie (Oran), donc le blé n’est pas très adapté. Il faudrait utiliser la PAC pour entraîner l’agriculture actuelle vers un système plus vertueux.

Le point de vue de Caroline Mauduit sur les autres sites d’embouteillage dans le Puy-de-Dôme :

Le podcast

Pour aller plus loin

Vidéo recommandée par Jacky Massy de Preva :
Entretien "bonus" sur l'intérêt de l'eau courante par rapport à l'eau en bouteille :

Echange avec Nicolas Bonnet, conseiller délégué à Clermont Métropole, élu à la ville de Clermont-Ferrand, et intervenant à la Rencontre de la Résilience du 29 janvier 2021 sur le « petit cycle de l’eau »:

« Sur Clermont Métropole, l’eau du robinet est facturée à 3,52 € du mètre cube (tarif 2019) – versus 4,08 € du mètre cube moyen en France en 2017. Rapporté à une consommation moyenne de 40 m3 par habitant – , cela fait environ 140 € par habitant et par an sur Clermont Métropole, soit 0,0035 € le litre.

L’eau en bouteille, quant à elle, est facturée environ 0,30 € par litre (pour de la Volvic, prix pratiqué pour un pack au supermarché). On est dans un rapport de un à 100 en faveur de l’eau du robinet !

L’eau en bouteille, meilleure pour la santé ?

L’achat d’eau en bouteille semble aujourd’hui être vu comme un luxe, un important plus pour sa santé, ce que j’ai du mal à m’expliquer, si ce n’est par la croyance selon laquelle l’eau en bouteille serait de meilleure qualité que l’eau du robinet. Cela qui n’est pourtant ni vrai, ni faux … d’ailleurs, la plupart du temps, sur Clermont Métropole, elle est sur bien des aspects de qualité égale voire supérieure à l’eau en bouteille.

En effet, tandis que l’eau en bouteille stagne dans du plastique, l’eau courante arrive au robinet de manière dynamique, “vivante”, et est quotidiennement contrôlée en amont du réseau de distribution et au sein de celui-ci.

En outre, l’eau du robinet sur Clermont Métropole est soit de l’eau de source soit de l’eau des nappes alluviales de l’Allier qui a bénéficié d’une filtration naturelle renforcée ensuite par l’ultrafiltration de notre station de traitement. D’autres territoires, Riom par exemple ont même de l’eau de Volvic au robinet… et pourtant de nombreux habitants continuent à acheter de l’eau en bouteille.

Exemples d’opération de sensibilisation du grand public

La Ville de Clermont-Ferrand, vers 2015, avait engagé une campagne de sensibilisation à qualité de l’eau du robinet comme boisson. On avait créé une série de carafes et d’écocups “Eau de Clermont-Ferrand”, ainsi que des “Feuilles d’eau” – des petites gourdes “militantes” designées par Philippe Starck pour la fondation Danièle Mitterrand, insistant sur le fait que l’eau est un bien commun.

On a aussi supprimé les petites bouteilles d’eau au conseil municipal et lors des événements. Et un projet de “bar à eau”, sous forme de stand déplaçable dans les événements, était à l’étude. »

Ressources issues de la Rencontre

Les chiffres qui ont été présentés au début de la conférence

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