Rencontre avec Claire Moura

Dans 10 ans, les prélèvements mondiaux en eau douce vont dépasser ce qui est disponible de 40 %

Claire Moura, ingénieure chimiste dans les sciences environnementales, était l’invitée de l’épisode 5, saison 2, des Rencontres de la résilience, le 26 mars 2021. Chez Michelin, elle s’occupe des questions environnementales autour de l’eau et des composés organiques volatils.

Pendant plus d’une heure, elle a répondu à nos questions puis à celles du public. L’occasion de mieux comprendre les enjeux autour de la place de l’eau dans les process industriels et comment optimiser son usage, du prélèvement au traitement aval.

Rencontres de la Résilience, saison 2 épisode 5: l'eau et l'industrie avec Claire Moura de Michelin 26/3/2021

La synthèse : Michelin travaille sur la sobriété énergétique et la transition énergétique

Claire Moura

L’imep est un indicateur environnemental qui suit le progrès environnemental des usines Michelin : industrial Michelin environmental performance (performance environnementale des usines Michelin). Cela suit 5 domaines environnementaux : les prélèvements d’eau, la consommation d’énergie, l’émission de CO2, les déchets que l’on génère et la consommation de solvants organiques qui entraînent l’émission de composés organiques volatils.

Tous nos sites calculent cet indicateur, cela permet de tirer leur progrès environnemental. Il existe depuis 2005 et on l’a adapté aux nouveaux enjeux en 2021. Pour l’eau par exemple on pondère nos prélèvements par rapport au coefficient de stress hydrique.
Claire Moura

C’est un rapport issu de la banque mondiale et des Nations unies, qui explique que, d’ici 10 ans, les prélèvements en eau douce au niveau mondial vont dépasser ce qui est disponible de 40 %. C’est ce qu’on appelle le déficit hydrique. C’est une donnée d’entrée pour nous, pour notre stratégie. Notre rôle dans l’équipe environnement est de proposer pour validation la stratégie du groupe par rapport à ces enjeux.

Ça c’est le déficit hydrique. Mais déjà la disponibilité de l’eau varie géographiquement, et là c’est le stress hydrique. Il y a déjà 2 milliards de personnes qui vivent dans ces zones où le rapport des prélèvements (10 % pour les hommes, 20 % pour l’industrie et 70 % pour l’agriculture), par rapport à ce qui est disponible, est très élevé. Ce sont ces trois types de prélèvement qui vont dépasser les disponbilités en 2030.

Claire Moura

D’une part pour réchauffer, produire de la vapeur : un pneu à la fin du procédé on le cuit, pour qu’il ait ses propriétés. D’autre part pour refroidir nos équipements, qui vont chauffer et qu’il faut maintenir à une température acceptable. Parfois il faut refroidir aussi nos produits, nos mélanges. Cela représente 80 % de nos prélèvements.

On ne consomme pas beaucoup. La consommation c’est les prélèvements moins les rejets. Chez Michelin notre but n’est pas d’avoir de l’eau dans un pneu, au contraire. Il y a un delta entre ce que l’on prélève et ce que l’on rejette, qui provient de l’évaporation.

Claire Moura
Entre 2005 et 2020, nous avons réduit de 43 % nos prélèvements d’eau en valeur absolue, donc ce n’est pas un sujet, une préoccupation nouvelle. Cela fait très longtemps que nous le suivons. En cumulé cela représente 180 millions de mètres cubes non prélevés (soit deux fois la consommation du Puy-de-Dôme). Alors que l’activité a augmenté pendant cette période. Et le progrès ne s’arrête pas, nous avons encore des idées pour réduire davantage, viser ce moins 1/3, essayer de trouver ce qu’est notre talon de consommation et voir comment potentiellement on peut aller encore au-delà.
Claire Moura

D’abord on comprend quels sont les usages, et définir les leviers en fonction de chaque usage. Un usage principal c’est pour de la vapeur, de l’énergie. Donc premier levier qu’on cherche à mettre en place c’est améliorer notre efficacité énergétique et diminuer la consommation de vapeur. En utilisant l’électricité par exemple.

Claire Moura

Oui, nous avons deux volets dans notre programme énergie : la sobriété énergétique et la transition énergétique, aller chercher de l’énergie plus verte. Et c’est avec ces deux leviers-là que nous allons tendre vers nos objectifs concernant le CO2. C’est un des éléments qui nous a permis de réduire notre consommation d’eau et ça va se poursuivre et s’accélérer dans les années qui viennent.

Concernant l’eau, ce que nous avons pu mettre en place c’est un meilleur pilotage de nos installations qui en consomment. Et essayer de passer de plus en plus vers des moyens de pilotage automatique plutôt que des interventions manuelles. Nous nous appuyons sur des outils digitaux pour suivre en temps réel toutes nos consommations pour aller encore plus loin dans l’optimisation de cette efficacité hydrique. Le digital c’est la phase 2 de ce que nous avons mis en place entre 2005 et 2020.
Claire Moura

Nous recevons des arrêtés préfectoraux qui, en fonction du seuil d’alerte, nous demandent un certain nombre de restrictions. Il y a quatre seuils d’alerte : vigilance, alerte, alerte renforcée et seuil de crise. Selon ces seuils on nous demande de mettre en place le plan de rationalisation en eau qu’on a pu valider avec la DREAL (Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement). On s’adapte en diminuant certains de nos usages en eau. Nous priorisons les investissements et les actions en fonction des lieux où le stress hydrique est le plus fort.

Claire Moura

Notre eau rejetée respecte ce qui est listé dans les permis d’exploiter qu’on nous délivre. On y trouve l’ensemble des paramètres qu’il faut suivre, avec les concentrations qu’il faut respecter, les flux (quantité par jour) à ne pas dépasser… Il y a de l’autosurveillance : tous les jours nous regardons les concentrations de certains paramètres dans l’eau que nous rejetons, en fonction des normes prescrites. Il va aussi y avoir des contrôles croisés avec un laboratoire externe par rapport à la méthodologie interne que nous utilisons, de prélèvement et d’analyse. Au moins mensuellement des mesures sur nos rejets sont faites par un laboratoire externe accrédité.

Toutes ces données sont envoyées aux autorités qui analysent tous ces bilans. Il y a aussi des contrôles inopinés menés par la DREAL pour vérifier que nos rejets sont conformes à l’arrêté préfectoral. Pour rejeter, soit nous avons une convention collective avec la station municipale de la ville, qui accepte nos rejets et les traite, soit nous avons un traitement en interne qui nous permet de respecter les exigences de l’arrêté préfectoral, puis nous la rejetons après.

Claire Moura
Nous avons une structure de gouvernance, au plus haut niveau de l’entreprise, qui valide nos ambitions environnementales. Nous instruisons les dossiers auprès de cette gouvernance : quelles sont nos ambitions, nos objectifs sur l’eau, sur les COV… On propose la stratégie et la feuille de route associée pour atteindre ces ambitions et ces objectifs et ils sont validés par cette gouvernance de l’environnement, où se trouvent entre autres plusieurs membres du comité exécutif du groupe.

Une fois ces engagements validés par cette gouvernances, ils se retrouvent ensuite dans la politique environnementale puis cela se décline en cascade. A nous ensuite de présenter ces ambitions au niveau des directeurs industriels des différents pays et lignes business. A eux de décliner cette feuille de route dans leur territoire pour atteindre les objectifs fixés.

Le podcast

Ressources

Les chiffres qui ont été présentés au début de la conférence

La rencontre en photos

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