Rencontre avec Blandine Chazelle et Sylvie Ohannessian

La mobilité rurale et péri-urbaine

Comment se déplacer quand la densité de la population et des infrastructures est très faible – comme dans les zones rurales, par définition ? Que faire quand la mobilité, ou la non-mobilité, est subie et non choisie ?

Néanmoins, quelles solutions adaptées à la transition écologique sont-elles applicables ? Et comment assurer une mobilité inclusive, pour tous ?

Rencontre du vendredi 25 juin 2021 à la Médiathèque de Lezoux.

Avec Blandine Chazelle  (SNCF Réseaux), co-fondatrice de l’association  Les monts qui pétillent et Sylvie Ohannessian de l’association Détours, et de la Commission de la mobilité de la Mairie de Cunlhat

Animation : Théo Durand
Synthèse réalisée par Roxana Triboi

La synthèse : "50% de budget supplémentaire pour les ruraux dédié au transport - majoritairement en véhicule individuel"

Sylvie Ohannessian
La voiture est souvent nécessaire pour « dépasser » les obstacles, même si elle implique des coûts assez importants. Elle devient ainsi un poids pour les personnes à faibles revenus (RSA).

Il y a également la voiture qui nous permet d’accéder à l’emploi … et la voiture inaccessible, qui devient un frein à l’emploi.

Pour y répondre, l’association Détours a développé la solution des « garages solidaires ». Dès 2009, on a commencé avec le soutien du Conseil Départemental et de l’Etat dans le volet insertion, à réfléchir à la mise en commun de plusieurs structures de mobilités et solutions de mobilité douce. Ce pour répondre aux besoins spécifiques des individus en situation difficile.

Blandine Chazelle
Que faisons-nous dans les territoires ruraux ? A part la question de l’accès à l’emploi, il y a aussi l’accès à l’école, à la culture, à la santé… et à la famille parfois éloignée.

On a mené récemment une étude avec le syndicat ferroviaire de Livradois-Forez dans lequel on a regardé pourquoi et comment les gens se déplaçaient. Ce sont 200 personnes qui ont répondu, et l’ensemble des motifs mentionnés plus haut sont évoqués.

La voiture a une place prédominante dans ce schéma, avec 85% pour le déplacement domicile- travail, pour les courses et les rendez-vous de santé. Par contre, pour des petites distances de 0 à 5 km, on envisage plus facilement la marche, ou l’usage du vélo (pour un parcours de maximum 25 km).

A noter également le fait que 20-30% des personnes interpelées ont cité d’autres modes de déplacement que la voiture. En particulier, l’apparition de la bicyclette électrique permets d’augmenter les distances parcourues.

Sylvie Ohannessian
L’impact le plus important est représenté par un changement de comportement, poussé par l’envie d’évoluer vers quelque chose de plus durable écologiquement. Après, est-que cela règlera la question d’accès a l’ensemble de personnes du territoire … pas sûre !

L’accessibilité à la mobilité de la population vulnérable (personnes âgées, chômeurs, mineurs…) doit se faire à travers une vraie solidarité locale. Donc, dans le cadre d’une transition écologique, le rôle de la voiture doit être reconsidéré – entre l’individualisme et la socialisation.

Néanmoins, l’infrastructure pour accueillir ce genre de véhicules qui dépendent de l’électricité n’est pas encore au point sur l’ensemble du territoire local. Une question a réfléchir afin d’envisager une solution inclusive !

Blandine Chazelle
Dans le monde du train – électrique – il y a des perspectives autour de l’autonomisation du train. Mais, au-delà de l’aspect écologique, on revient sur l’idée d’inclusif, de transport accessible à tous. La question de l’énergie consommée est aussi à considérer.

Blandine Chazelle
C’est une réflexion de ceux qui ont le privilège d’avoir le choix et non pas de ceux en difficulté. La crise Covid a mis en évidence la possibilité du télétravail qui impacte « positivement » la mobilité, mais il y a d’autres nécessités qui impliquent le déplacement – comme la culture par exemple.

La mobilité, c’est une bonne occasion de requestionner le projet du territoire qui concentre les services sur les pôles urbains.

Sylvie Ohannessian
A titre d’exemple, la commission de la mobilité de la commune de Cunlhat dont je fais partie en tant qu’habitante a été mise en place suite à la prise de conscience que les territoires ruraux ont besoin de mobilité. La voiture n’est en effet plus vue comme une liberté mais comme une contrainte (en termes de coût, de pollution … ). Le rôle de notre commission est ainsi de réfléchir sur l’organisation de notre territoire par rapport à la mobilité.

Un autre constat de cette commission porte sur l’absence d’aménagement pour le parcours à vélo dans notre territoire rural. D’où l’opportunité de repenser les chemins à vélo ou à pied qui amènent de manière sécurité en centre-bourg.
Aussi la multimodalité – qui implique le vélo – est une piste de réflexion pour envisager la mobilité dans le futur afin d’encourager les parcours à pied ou à vélo … Et en particulier la problématique du dernier kilomètre.

Quant à la loi d’orientation des mobilités, il s’agit d’un cadre pour faciliter les trajets domicile-travail sur tout le territoire. Cela part du constat que l’on a 20% de la population habitant sur le territoire rural, qui lui-même représente 80% du territoire français. Les EPCI ont pu choisir d’intégrer la compétence de la mobilité jusqu’à 30 mars 2021. L’objectif était de permettre aux territoires de trouver des solutions adaptées pour les trajets courts, et de réaliser ainsi le désenclavement qui va permettre de faire revivre des petites lignes ferroviaires par exemple. Cette loi permet donc une réflexion a l’échelle locale, et de rassembler les acteurs politiques, institutionnels, et citoyens pour construire un projet de territoire.

Blandine Chazelle
Les Monts qui Pétillent était à l’origine un évènement qui reliait les envies, les énergies, les projets, des rêves, les talents et les compétences des habitants pour créer un territoire ou il fait bon vivre.

A partir de cette « collecte des rêves » des habitants, on a réalisé qu’un des enjeux majeurs était la mobilité, qui se retrouve d’ailleurs traitée spontanément dans d’autres thèmes de réflexion, comme l’accès a la santé.

L’association portait cette énergie de faire ensemble, et très vite on a ouvert un groupe de réflexion-action sur la mobilité qui a réuni spontanément des citoyens, des associations et des institutionnels.

En septembre 2021, le Festival de 3 jours sur la Mobilité aura comme fil rouge les déplacements ruraux en voiture individuelle. L’objectif est notamment de comprendre quels acteurs peuvent agir sur le territoire. A partir de ces constats on a essayé de pousser la réflexion vers l’action, comme avec l’usage du vélo électrique.

Sylvie Ohannessian
Ici je parle aussi en tant qu’association Détours : on a pu investir dans une flotte de vélos électriques avec des petites remorques surtout destinées aux mamans qui veulent faire les courses pour des petites trajets de quelques kilomètres. Ces vélos-là sont mis à disposition pour un essai pendant et avant le festival, afin de motiver les personnes à changer leur mode de déplacement.

Plus d’informations sur l’association Détours : http://www.associationdetours.fr/

Blandine Chazelle
30% des personnes dans notre enquête ont exprimé leur envie d’être informées et de tester de nouveaux modes de mobilité durable, dans une logique de transition écologique.

Plus d’informations sur l’association et le festival : https://lesmontsquipetillent.org/

Le podcast

Ressources vidéos

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